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Mairie et Tiers-lieu de Marbache
À Marbache, le projet ne cherche pas à produire une architecture nouvelle, mais à révéler celle qui était déjà là. Il s’inscrit dans cette conviction que bâtir aujourd’hui consiste moins à ajouter qu’à transformer avec discernement, en prolongeant l’existence des lieux plutôt qu’en les remplaçant.
La réhabilitation devient alors une démarche de continuité, où chaque intervention dialogue avec l’histoire du bâtiment tout en ouvrant la possibilité de nouveaux usages.
L’architecture n’efface pas le temps ; elle l’accueille et lui donne une nouvelle épaisseur.
L’ancienne mairie retrouve ainsi sa place au cœur de la commune sans perdre son identité. La façade de 1935 est restaurée dans son état d’origine, retrouvant sa présence institutionnelle tout en s’inscrivant dans une composition renouvelée. L’extension contemporaine ne s’oppose jamais à l’existant. Suspendue au-dessus du parvis qu’elle dessine, elle affirme une présence légère qui protège les visiteurs tout en offrant à la mairie un véritable seuil urbain, longtemps absent.
L’intervention contemporaine assume son époque en cherchant le contraste ; elle établit un équilibre où l’ancien et le nouveau s’enrichissent mutuellement.
Cette relation se prolonge dans le choix de l’acier corten, dont la matière vivante accompagne le passage du temps. Sa patine évolutive évoque discrètement la mémoire métallurgique de Marbache et inscrit le projet dans une continuité territoriale. Plus qu’un revêtement, il devient un matériau de mémoire, capable d’exprimer simultanément l’héritage industriel du site et la permanence des transformations qui façonnent le paysage.
Le projet se découvre progressivement. Il ne livre pas immédiatement son organisation mais invite à une promenade architecturale où chaque déplacement renouvelle la perception de l’espace. Le parcours traverse les différentes fonctions publiques en ménageant une succession de séquences, de dilatations et de resserrements, où les cadrages sur le village, les jardins et le paysage accompagnent continuellement le visiteur. L’architecture n’est plus seulement un assemblage de pièces ; elle devient une expérience de la marche, du regard et de la lumière.
La lumière naturelle constitue le véritable fil conducteur de cette promenade. Toujours présente, jamais spectaculaire, elle accompagne les déplacements, révèle la profondeur des espaces et rythme les différentes temporalités du bâtiment. Les percements, les transparences et les cadrages ont été pensés pour capter les variations du ciel tout au long de la journée. Les espaces de circulation cessent d’être de simples lieux de passage ; ils deviennent des lieux d’habitation où la lumière construit les ambiances, oriente les parcours et offre des respirations visuelles vers le paysage. Chaque ouverture établit une relation sensible entre l’intérieur et l’extérieur, rappelant en permanence l’inscription du bâtiment dans son territoire.
Cette continuité spatiale se prolonge par un passage traversant reliant la rue aux jardins. Plus qu’une liaison fonctionnelle, il constitue une véritable porosité urbaine. Le paysage pénètre le cœur du projet tandis que la mairie cesse d’être un édifice fermé sur lui-même pour devenir un équipement traversé, partagé et appropriable. Les limites entre bâtiment public, espace extérieur et vie quotidienne s’estompent au profit d’une architecture ouverte, capable d’accompagner les usages les plus ordinaires comme les moments collectifs.
Le programme rassemble l’ensemble des fonctions municipales, l’agence postale et un tiers-lieu à vocation sociale, office et banque alimentaire. Cette diversité ne relève pas d’une simple juxtaposition de fonctions ; elle participe d’une vision renouvelée du service public où les espaces favorisent les rencontres, les solidarités et les usages partagés. L’architecture devient le support discret d’une vie collective, offrant des lieux capables d’évoluer avec les besoins de la commune.
Cette transformation s’appuie enfin sur une économie constructive assumée. Le réemploi des matériaux, la conservation des structures existantes, la sobriété des dispositifs techniques et l’attention portée à la pérennité des ouvrages constituent moins une réponse aux contraintes contemporaines qu’une manière de concevoir le projet. La frugalité devient ici une qualité architecturale. Elle invite à faire davantage avec moins, à révéler les ressources du déjà-là plutôt qu’à les remplacer, et à considérer chaque matériau comme porteur d’une mémoire autant que d’un potentiel.
L’architecture trouve alors sa force dans ce qu’elle rend possible plutôt que dans ce qu’elle montre. Elle accompagne les rythmes du quotidien, laisse entrer la lumière, offre des perspectives toujours renouvelées sur le paysage et construit une relation apaisée entre les habitants, le bâtiment et son territoire. À Marbache, la transition écologique ne s’exprime pas seulement par la performance énergétique ou la réduction de l’empreinte carbone ; elle se manifeste dans une manière d’habiter le temps, de construire avec l’existant et de faire de chaque projet une œuvre de continuité plutôt que de rupture. L’architecture retrouve ainsi sa dimension essentielle : celle d’un cadre de vie durable, où la matière, la lumière et le mouvement composent ensemble une expérience sensible capable de traverser les générations.
Elle établit un équilibre où l'ancien et le nouveau s'enrichissent mutuellement.
Localisation : Marbache (FR-54)
Année : 2026
Surface : 1 100 m²
Coût : 1 100 000 €
Maître d’ouvrage : Ville de Marbache
Architectes : Jonathan COPPA Architecte
Programme : Réhabilitation, transformation et extension une mairie intégrant un tiers-lieu à vocation sociale. Accueil, administration, salle du conseil, agence postale, salle tiers-lieu, office, banque alimentaire.